J’ai bientôt fini de relire mon manuscrit – j’en ai fait plus de la moitié rien qu’hier, annotant les feuillets sans m’arrêter. Je m’étais laissé une (presque) semaine sans y toucher ni y penser, et ça m’a fait du bien d’y revenir à tête reposée. À deux ou trois détails près, c’est bon. J’aurais été incapable d’écrire ce roman s’il m’avait fallu le prévoir, l’anticiper. Mieux vaut découvrir les éléments de son histoire avant de chercher à les relier entre eux ; elle s’est ainsi écrite au fil des semaines, intégrant les hasards de l’inspiration au lieu de les rejeter. Cela lui donne un bel aspect tortueux qui m’évoque, même si ce n’est sans doute pas très vendeur, la spirale Kinski que Werner Herzog décrit dans Mon pire ennemi.
Je ne le répéterai jamais assez : pour continuer d’écrire, il faut d’abord finir ce que l’on a commencé. Et c’est plus simple, figurez-vous, de finir quelque chose de court, mettons une lettre, puis une autre, et ainsi de suite, jusqu’à tenir un roman. Nous sommes ainsi arrivés au 200e numéro de la lettre Contreforme. Pour marquer l’événement, j’ai voulu mettre à jour le design du site, en soigner davantage la typographie (qui était déjà bonne), que tout soit… parfait…
Mal m’en a pris : après une nuit d’insomnie passée à régler le moindre détail, pour y penser encore sans trouver le sommeil, j’ai commencé la journée épuisé. Après une autre heure passée à régler les derniers bugs d’affichage, j’ai commencé à prendre des notes pour cette lettre et faire quelques recherches en ligne. Jusqu’à ce que je tombe sur un faux captcha et… oublie de réfléchir… Tant de sites me demandent ces jours-ci de confirmer mon humanité que je finis par ne plus en être si sûr. Avant que je ne comprenne ce qui m’arrivait, mon ordinateur était infecté par une attaque de type clickfix. J’ai eu la présence d’esprit de couper l’accès à internet sans rien faire de plus (comme, par exemple, donner les autorisations d’accès complet au disque qu’on me demandait), sinon éteindre l’ordinateur. Ce qui m’énerve le plus, ce n’est pas tant la malveillance de l’attaque que ma bêtise : c’était vraiment une erreur de débutant, de celles que j’évite d’habitude, quand j’ai bien dormi. J’ai passé le reste de la journée à réparer les dégâts (dans le doute, prévoir le pire) : formater le disque dur, réinstaller macOS puis toutes les mises à jour, et pour faire bonne mesure changer la clé secrète de mon gestionnaire de mots de passe et tous les mots de passe de mes comptes principaux. J’étais content d’avoir activé l’authentification à deux facteurs la plupart du temps. Je ne pensais pas, en choisissant pour cette année le thème du secret, que j’allais être si vite mis à l’épreuve. Cela ne m’aidera sans doute pas à « soigner ma parano ». Dans le meilleur des cas, je ne saurai jamais si les mesures que j’ai prises auront suffi.
Aussi, après cette journée bien chargée, me permettrais-je de vous quitter plus tôt que prévu. Je ne manquerai pas de répondre très vite à vos messages. J’ai besoin de prendre un verre et de m’allonger. Qu’on me rende mon sommeil et mon intelligence !