Nos belles fragilités
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Nos belles fragilités

Le bœuf du Club Contreforme revient pour une quatrième édition. Ce mois-ci, le thème est :

Nos belles fragilités

Si vous n’êtes pas encore membre du Club, devenez-le dès maintenant afin de pouvoir participer à ce bœuf et aux suivants (il y en a un par mois).

Rappel de la consigne

Vous avez 48 heures (soit jusqu’au dimanche 11 juillet, 19 h UTC+2) pour improviser entre 250 et 500 mots de prose narrative sur le thème donné. Vous transmettrez sur le serveur Discord du Club un lien vers un fichier Google Docs configuré en mode partage / commentateur. Je lirai chaque contribution et la commenterai lors du prochain salon du Club (jeudi 15 juillet à partir de 21 h).

Aussi tendre qu’une jeune pousse

Le protagoniste éponyme du Stalker de Tarkovski a, vers la 63e minute du film (63 minutes et 56 secondes après son début pour être précis), ce monologue qui est à mon sens, avec celui de la 127e minute, l’un des plus beaux et des plus touchants de l’histoire du cinéma :

L’essentiel est qu’ils croient en eux-mêmes… et deviennent fragiles comme des enfants. Car la faiblesse est grande tandis que la force est minime. L’homme, en venant au monde, est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et dur. L’arbre qui pousse est tendre et souple. Devenu sec et dur, il meurt. La dureté et la force sont les compagnons de la mort. La souplesse et la faiblesse expriment la fraîcheur de la vie. Ce qui est dur ne vaincra jamais.

Cette quasi paraphrase d’un passage du Tao te king de Lao Tseu est, je crois, une grande leçon, non seulement de vie, mais de création. On ne peut rien créer en étant dur, renfermé, méfiant, incapable de se confier ou de mettre de côté le scaphandre que l’on endosse en société, derrière lequel on cache ses peurs et ses doutes. Être tendre, envers le monde et envers soi-même, est la seule manière d’inventer la beauté.

Beauté qui nous crée aussi bien qu’on la crée. Car pour la capter, elle si volatile et évanescente, il faut être aussi souple et dansant qu’elle, il faut devenir la beauté. (Cocteau dirait même qu’il faut courir plus vite qu’elle.) On ne saurait avancer dans un scaphandre rattaché par un cordon ombilical à son moi passé. Ne craignez pas de changer, acceptez toutes les métamorphoses nécessaires pour suivre votre vocation.

C’est pourquoi il ne faut pas avoir honte de ses faiblesses, mais les assumer et même les revendiquer comme de belles fragilités. Ce sont elles qui colorent une imagination et la gauchissent juste assez pour la rendre personnelle.


Nous lisons ce mois-ci, pour le salon du 29 juillet, Épépé de Ferenc Karinthy, réédité aux éditions Zulma. Si vous aimez Kafka, lisez-le.