La première phrase est offerte
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La première phrase est offerte

La première phrase n’est pas la plus difficile à écrire, car les débuts comptent moins que les fins. Le danger est de vouloir trouver du premier coup la bonne – non, la meilleure – première phrase de laquelle sortirait le reste de l’histoire, quitte à ne pas avancer tant qu’on ne l’a pas trouvée.

Contrairement à la lecture, l’écriture n’est pas un processus linéaire, mais circulaire (et même parfois rétrograde : l’histoire s’imagine à rebours depuis le point d’arrivée). Chaque élément d’une histoire étant connecté aux autres, tout changement d’un point se répercute sur ses voisins, et ces nouveaux amendements se propageront à leur tour le long de la chaîne jusqu’à la modification originelle, relançant le cycle.

C’est pourquoi, quand on me demande par où commencer, je réponds invariablement : « Peu importe. » Vous n’avez pas besoin de tenir la première phrase pour commencer à écrire. Vous attendent de toute manière plusieurs cycles de réécriture. Profitez de cette sécurité pour avancer dans l’inconnu sans craindre de vous tromper, parce que :

  1. Vous allez vous tromper, ce n’est pas grave, vous pouvez toujours réécrire.
  2. Les meilleurs moments de votre histoire seront ceux que vous n’aviez pas prévus. On écrit aussi pour découvrir ce qui demande à être écrit.

Écrivez la première scène qui vous vient à l’esprit, peu importe sa place dans votre histoire, et passez à la suivante. La véritable première phrase arrivera bien assez vite.


Pour le bœuf de ce week-end (lire ci-dessous le rappel de la consigne), j’offre aux membres du Club Contreforme la première phrase de leur improvisation :

Encore une figure blonde qui pâlit, se détache et tombe glacée à l’horizon de ces bois baignés de vapeurs grises… — Gérard de Nerval, Promenades et souvenirs.

J’aime les histoires qui commencent ainsi au milieu de nulle part, laissant au lecteur le soin de reconstituer les événements antérieurs. L’atmosphère spectrale que dégage cette première phrase saura, je l’espère, inspirer nos écrivains.

Si vous n’êtes pas encore membre du Club, devenez-le dès maintenant afin de pouvoir participer à ce bœuf et aux suivants (il y en a un par mois).

Rappel de la consigne

Vous avez 48 heures (soit jusqu’au dimanche 12 septembre, 19 h UTC+2) pour improviser entre 250 et 500 mots de prose narrative en respectant la contrainte donnée (ici, partir de la phrase proposée). Vous transmettrez sur le serveur Discord du Club un lien vers un fichier Google Docs configuré en mode partage / commentateur. Je lirai chaque contribution et la commenterai lors du prochain salon du Club (jeudi 16 septembre à partir de 21 h).


Rappel pour les membres du Club : nous lisons ce mois-ci, pour le salon du 30 septembre, Oncle Vania de Tchekov, dans la traduction d’André Markowicz. Ce sera l’occasion d’aborder l’art délicat des dialogues.