Deux visages & un bœuf
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Deux visages & un bœuf

Deux visages, de Pierre Bonnard.

Ma fille aînée (3 ans) m’a demandé l’autre jour pourquoi j’avais deux visages. Deux visages ? Oui, l’un que je vois et l’autre que je ne vois pas, m’a-t-elle dit en se touchant le visage puis l’arrière de la tête. Je tenais là le thème du bœuf de ce week-end.

Je cours après le temps et le sommeil depuis la naissance de notre seconde fille en janvier dernier, mais je continue d’animer une fois par mois, depuis bientôt un an, mon atelier d’improvisation littéraire (voir ci-dessous le rappel de la consigne).

Le thème évoque d’abord et bien sûr Janus, le dieu romain aux deux visages, l’un tourné vers le passé, l’autre vers l’avenir ; le doppelgänger et sa suite d’échos et de reflets ; les frères siamois exhibés dans les foires d’Europe au XIXe siècle ; la duplicité des imposteurs et même, soyons fous, la théorie des deux corps du roi. Bref, de quoi vous inspirer.

J’avais resserré la contrainte lors du dernier bœuf, en fixant la limite à 100 mots, « pour vous inciter à évoquer au lieu de raconter ». C’était radical et les improvisations des participants très encourageantes, mais je crois que l’on peut un peu desserrer la contrainte sans pour autant perdre en densité. Je vous accorde bien volontiers ce rabe de souplesse en fixant désormais la limite à 250 mots. (Aux plus téméraires : j’inventerai une récompense spéciale pour qui parvient à faire tenir une histoire en seulement 200 mots.)

Je travaille depuis la rentrée, que ce soit sur YouTube, pour le Club ou moi-même, le format de la microfiction, « histoire complète mais ramassée en un fragment très dense et allusif », avais-je noté pour préparer ma diffusion en direct d’hier. Je crois que la miniature, plutôt que la fresque, est l’échelle à laquelle écrire, surtout quand on débute. Elle permet une pratique régulière et itérative, vous détourne du désir insensé de planifier comme un stratège d’état-major (l’écrivain qui écrit descend dans les tranchées) et vous donne plus souvent la sensation ô combien satisfaisante de clore une histoire. Autrement dit, avant de vous attaquer au plafond de la chapelle Sixtine, faites quelques esquisses et croquis préparatoires. Les microfictions ainsi créées paveront peut-être le chemin qui mène au roman.

Rappel de la consigne

Le bœuf est un exercice d’improvisation littéraire réservé aux membres du Club Contreforme. Vous avez 48 heures (soit jusqu’au dimanche 13 février, 19 h UTC+2) pour improviser jusqu’à 250 mots de prose narrative en respectant la contrainte donnée. Vous transmettrez sur le serveur Discord du Club (salon #2022-février) un lien vers un fichier Google Docs configuré en mode partage / commentateur. Je lirai chaque contribution et la commenterai lors du prochain salon du Club (jeudi 17 février à partir de 21 h).

Rappel de la lecture du mois

Nous lirons ce mois-ci, pour le salon du 3 mars, Au cœur des ténèbres, de vous-savez-qui.

« J’adore respirer l’odeur du napalm le matin. » — Lieutenant-colonel Bill Kilgore dans Apocalypse Now, de Francis Ford Coppola.