La part la plus cruciale de l’écriture est de réussir à apprécier le processus plus que le résultat. Et si j’en crois les plaintes de certains écrivains (et parmi les meilleurs), ce n’est pas la part la plus aisée. Écrire est difficile, mais cela ne veut pas dire qu’il faut souffrir pour bien écrire. N’écoutez pas les doloristes, n’imitez pas leurs mortifications ; s’il y a une chose à retenir de ce que je vous raconte le jeudi soir, c’est de prendre plaisir à écrire. Cela n’empêche pas l’effort, la rigueur, un soin extrême apporté à tout ce que l’on fait, mais il faut en même temps se retenir de chercher à bien écrire. Bien écrire ne veut rien dire (il y a une infinité de manières de bien écrire, laquelle est faite pour vous ?), et puis ce n’est pas le but. Comme dans le zen, on ne pratique pas la méditation pour mieux méditer, seulement pour méditer. Être présent à sa propre pratique est plus important que le résultat de cette pratique. Et sans doute qu’à la longue vous vous améliorerez, mais ce n’est pas pour ça que vous le faites sur le moment. Vous êtes là pour vous amuser, n’est-ce pas, pour voir où vous mèneront les folles pensées qui vous agitent. Je ne joue pas aux Lego pour m’améliorer, seulement pour calmer mes nerfs (officiellement pour jouer avec mes filles), mais je suis devenu plus inventif et astucieux à force de jouer – je finirais sinon par m’ennuyer. Si vous voyiez mes constructions ! Écrire ne devrait pas être plus compliqué que ça.
C’est à peine si je m’autorise, en commençant un nouveau projet, à penser au livre éventuel que cela pourrait donner. Projet est plus vague, plus ouvert, plus flexible. Ce que j’essaye de capter quand j’écris ces lettres, ce sont les étranges conversations que mon esprit peut avoir avec lui-même, dans l’indifférence de toute autre préoccupation. Je ne veux même pas savoir si cela va tomber du côté du roman ou de l’essai. J’écris l’un avec les outils de l’autre, et inversement. Toute limite étant arbitraire, les seules frontières qui existent sont celles que vous décidez d’accepter. Vous pouvez même en inventer de nouvelles, si elles servent vos desseins. Je ne cherchais pas à écrire ce roman en particulier avant de m’y enfoncer peu à peu, puis d’y plonger pour de bon. Il faut berner sa conscience en lui faisant croire que ce n’est qu’un jeu – et ça l’est – tout en voulant en faire une vie.
Le plus difficile est peut-être d’avoir envie de remonter de l’espace intérieur qu’on a mis tant de temps à excaver en soi, pour retrouver la lumière du jour. On pressent que l’extérieur n’est pas plus intéressant que l’intérieur.
Je me ferai sans doute plus discret dans les semaines et les mois à venir, pour pouvoir me consacrer à la réécriture de mon roman et à notre atelier 100 jours pour écrire. À ce sujet, la première session (gratuite) s’est tenue hier, sans plaintes ni douleurs. Si vous souhaitez vous inscrire, vous avez encore jusqu’à dimanche minuit pour le faire et m’envoyer votre Google Docs.