Nous n’avions qu’à traverser le fleuve. Un simple trait sur la carte ; une fois franchi, nous passerions deux semaines à ignorer le reste du monde. Claire et moi étions sans doute un peu nerveux, ce serait la première fois que nous passerions autant de temps ensemble, au risque de ne plus nous supporter au bout de 48 heures. Amants de peu de foi, pourquoi fuir le bonheur quand il est là ? Nous comptions visiter plusieurs villes du Bade-Wurtemberg, enfin, plusieurs musées de ces villes (plus les châteaux de Heidelberg, Hohenzollern et Sigmaringen), avant d’atteindre le lac de Constance. Si la vie pouvait n’être qu’une longue flânerie dans un musée, avec peut-être quelques trains pour passer d’une salle à l’autre, et un lit prêt à nous accueillir au moindre désir… Et des livres. Vous voyez, je peux me montrer fort raisonnable. J’avais tout prévu, itinéraires, hôtels, et jusqu’aux restaurants. J’ai conservé dans un dossier de ma messagerie le détail de mes réservations, mais je n’ai pas eu le cœur d’en annuler aucune. J’ai cru jusqu’à la fin que je la retrouverais sur le quai de la gare.