… aidez-moi à rompre la malchance qui me poursuit depuis tant d’années et qui fait que quand j’agis ou quand je parle j’ai perpétuellement l’air d’être mon propre imitateur. – Antonin Artaud à Jean Paulhan, 21 mai 1936.
Dans les lettres qu’il envoie de Mexico à Jean Paulhan, Artaud se plaint des retards de parution que subit Le Théâtre et son double, dont il a trouvé le titre à bord du paquebot qui l’emmenait au Mexique en cette fin janvier 1936 (plus qu’une escale à La Havane et il serait bientôt en vue de Veracruz ; de là, il prendrait un train pour Mexico, où il arriverait avec moins de 300 francs sur lui ; ah, piteux écrits qui ne nourrissent pas). Il aimerait aussi voir paraître en français les conférences sur le Mexique qu’il lui a envoyées, avant que leurs traductions en espagnol ne paraissent dans des journaux mexicains. Hélas, tout prend trop de temps, et il lui semble toujours être en retard sur lui-même, comme si la bande-son avait été mal synchronisée avec l’image. Ses idées sont de remarquables excitants dont personne ne devrait s’emparer avant lui (comme si elles lui appartenaient). Il court après son double qui le devance en tout lieu, dépense l’argent qui devrait lui revenir, reçoit les honneurs qu’il mérite, embrasse les femmes qui devraient le compléter.