La lumière qui coule de la lune n’éclaire pas le théâtre de notre existence diurne. Le périmètre baigné par sa lueur égarante semble appartenir à une contre-terre ou à une terre seconde. Ce n’est pas celle que la lune suit comme son satellite, c’est une terre à son tour transformée en satellite de la lune. Son vaste sein, dont la respiration était le temps, ne se soulève plus ; la création est enfin rentrée chez elle, et peut remettre le voile de veuve que le jour lui avait arraché. – Walter Benjamin, Enfance berlinoise vers 1900.

Du fait sans doute de l’altitude (2 400 mètres) et de l’air raréfié, il dormait mal à Mexico. Son sommeil était agité et entrecoupé de rêves fébriles où proliféraient des mains qui cherchaient à l’étouffer. Dans ses pires cauchemars, c’était Mariko qui l’étranglait avant de faire l’amour à son corps déjà froid – cela ne lui ressemblait pas, se disait-il avant de mourir, mais il se rappellerait l’image pour son adaptation des Hauts de Hurlevent (Onimaru, 1988). Il s’arrachait à peine à un rêve qu’il y retombait aussitôt, à moins qu’il ne se réveille tout à fait, à moitié relevé sur un coude, se demandant où était passée Mariko, scrutant l’obscurité moite de la chambre à la recherche d’un signe quelconque lui révélant l’endroit où il se trouvait et l’heure qu’il était. Et cela, c’étaient les bonnes nuits.