Un Silène ivre l’épiait du haut d’un tableau de Jordaens, accroché au mur tapissé de vert du cabinet de travail de la régente. Bien qu’assoupi (boudant peut-être qu’on lui préfère le Tintoret sur le mur d’à côté), il semblait la suivre du coin de l’œil ; les bacchantes derrière lui nous enjoignent de ne pas faire de bruit, il ne s’agirait pas de réveiller ce visage rougeaud sur lequel s’est déposée toute la sagesse du monde. Dans son rêve, il est le seul à détenir les clés du château, et aucune reine ou favorite ne l’empêchera de les offrir à Mariko, qui visite Chenonceau pendant que son mari procède aux derniers repérages pour la scène qui sera tournée dans l’après-midi. Elle n’est pas rassurée de le laisser seul. Il ne sait pas s’arrêter et a tendance à se surmener, mais il lui a dit d’y aller sans lui, ne t’inquiète pas, on se retrouvera pour déjeuner. (Ils n’ont pas l’habitude de manger ensemble sur un tournage, leurs emplois du temps coïncidant rarement. Elle soupçonne même qu’il lui a proposé ce déjeuner dans l’unique but de la rassurer. Il faudra bientôt cacher les lames de rasoir pour éviter qu’il ne se fasse du mal.)