De l’ambassade de Hasekura Tsunenaga en Nouvelle-Espagne, puis en Europe, il serait aisé, quoique sans doute un peu vain, de n’en retranscrire que les grands mouvements, pareils au puissant courant de Kuroshio, dont les eaux sombres ont poussé en 1613 le San Juan Bautista loin des côtes du Japon, vers le grand vide du Pacifique, sans rien savoir des hommes à son bord. Plus intéressant serait d’en dénombrer les silences et les doutes, les prières – à quel dieu ? – murmurées contre la coque derrière laquelle les vagues furieuses menaçaient, les mois de traversée éprouvante jusqu’à la baie d’Acapulco où le galion mouille en janvier 1614, puis de Veracruz jusqu’à l’embouchure du Guadalquivir, les atermoiements des puissants que Hasekura rencontre, le Vice-roi Diego Fernández de Córdoba à Mexico, le roi Philippe III à Madrid et Sa Sainteté le pape Paul V à Rome, et les longues années passées à attendre de leur part une réponse favorable, loin des siens et du Japon, où il rentre pour mourir.