L’alarme avait été donnée, et par cette belle nuit d’été, les sirènes de la défense anti-aérienne se mirent à pousser leurs hululements lancinants. Sous un ciel sans nuages, chacun évacuait sa maison pour atteindre au plus vite l’un des quelques abris anti-aériens que comptait la ville, et qui se limitaient la plupart du temps à un trou creusé dans le sol et recouvert de planches et de terre. Malgré les sirènes, on entendait les bombardiers approcher à basse altitude et les enfants pleurer. Quand les fusées éclairantes s’élancèrent dans le ciel, et que s’ouvrirent leurs corolles d’un bleu presque blanc, leurs bords fuligineux palpitant contre les ténèbres qu’ils essayaient de repousser, les rues étaient éclairées comme en plein jour, d’une fausse lumière qui projetait ses ombres le long d’angles anormaux et mouvants. Si Yoshida regardait en l’air, le scintillement du magnésium était si éblouissant qu’il en gardait l’image rémanente. Alors, partout où portait son regard, des feux follets semblaient lui indiquer le chemin qui les guiderait à l’abri le plus proche. Les ombres s’étiraient de plus en plus, et avec elles l’attente insupportable, mais les fusées finirent par s’éteindre. Les premières bombes incendiaires tombèrent juste après.