Un soir, continua Yoshida, une jeune femme vêtue d’un somptueux kimono blanc frappa à sa porte et lui proposa ses services. Hélas, les affaires allaient mal, il ne pouvait pas se permettre de l’embaucher. Elle lui promit de tisser des étoffes aussi belles que celle qu’elle portait, si seulement il promettait de ne pas la regarder faire. Au reste, elle acceptait d’attendre la vente de son premier rouleau pour être payée ; d’ici là, elle se contenterait du gîte et du couvert. Quoique surpris par une proposition aussi inhabituelle, il la prit à l’essai et fut bientôt admiratif de l’aisance avec laquelle elle s’adaptait à sa nouvelle vie. Elle savait se faire discrète, disparaissant dans quelque recoin de la maison où il ne l’entendait plus, mais réapparaissait aussitôt qu’il avait besoin d’aide ; il levait à peine les yeux de son ouvrage qu’elle était déjà là. Elle devint vite indispensable au bon fonctionnement de l’atelier, à se demander comment il avait pu s’en sortir avant son arrivée. Et elle n’avait pas menti : sa première soierie était d’une qualité remarquable, bien supérieure à ce qu’il aurait pu faire lui-même. Il se demandait parfois, quand il soulevait un pan d’étoffe si souple et délicat qu’il semblait lui couler des mains, qui était le maître et qui était l’apprenti.